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Mairie incendiée : entre vivats et tensions, les suspects dénoncent un "dossier vide"
information fournie par AFP 03/11/2026 à 20:16

La mairie de Limoges en flammes le 17 octobre 2026 ( AFP / Melaine PAYZAL )

La mairie de Limoges en flammes le 17 octobre 2026 ( AFP / Melaine PAYZAL )

Applaudissements, cris de soutien, poings levés... Les recours des deux mis en examen dans l'enquête sur l'incendie criminel de la mairie de Limoges, le 17 octobre, ont été examinés mardi dans une atmosphère électrique, la défense dénonçant un "dossier vide" et des "pressions politiques".

Soutenus par une quarantaine de sympathisants, les deux suspects âgés de 34 et 66 ans ont sollicité devant la cour d'appel de Limoges l'annulation de leur mise en examen et la levée de leur détention provisoire, faute selon eux "d'indices" suffisants dans cette affaire devenue l'un des symboles des violences survenues ce jour-là dans toute la France.

La décision est attendue jeudi.

"On a un dossier qui est assez vide", a argué Me Henri Braun, avocat du trentenaire. Ce dernier, présenté par le parquet comme le "meneur le plus actif et acharné" des émeutiers, est mis en examen notamment pour "tentative d'homicide" sur policier et "destruction" de la mairie.

"On a indiqué lors de l'audience que les preuves consistaient principalement en une vidéo qui ne permettait absolument pas de le reconnaître", a-t-il fait valoir. "Il y a eu une pression du public, une pression des médias, une pression du pouvoir exécutif pour arriver à des qualifications juridiques aussi délirantes que la tentative de meurtre."

La toiture et le beffroi de l'hôtel de ville de Limoges, inauguré en 1883, se sont effondrés lors d'un incendie provoqué par des manifestants radicaux lors d'une intrusion en marge de la mobilisation nationale du 17 octobre.

Tensions

D'emblée, le maire (LR) Guillaume Guérin a mis en cause "l'ultra gauche anarchiste", "celle qui vit pour partie repliée dans les localités du plateau de Millevaches", territoire rural d'environ 10.000 habitants entre Corrèze, Creuse et Haute-Vienne.

Présent lors d'un rassemblement à Limoges au lendemain des faits, le candidat à la présidentielle David Lisnard a même accusé cette région d'abriter des "camps d'entraînement terroristes" d'ultragauche.

Le 20 octobre, le suspect trentenaire, décrit par ses proches comme intérimaire dans le bâtiment et défenseur de l'environnement, a été interpellé en Haute-Vienne, avant l'arrestation du sexagénaire le 22 octobre dans la Creuse.

"L'incendiaire, c'est le gouvernement, nous

Photo prise par les services de la ville de Limoges le 21 octobre 2026 et publiée le 23, montrant les dégâts occasionnés à l'hôtel de ville après son incendie volontaire lors de la manifestation contre la vie chère du 17 octobre 2026 ( Ville de Limoges / Laurent Lagarde )

Photo prise par les services de la ville de Limoges le 21 octobre 2026 et publiée le 23, montrant les dégâts occasionnés à l'hôtel de ville après son incendie volontaire lors de la manifestation contre la vie chère du 17 octobre 2026 ( Ville de Limoges / Laurent Lagarde )

sommes tous des camps d'entraînement", pouvait-on lire sur une banderole déployée mardi matin devant la cour d'appel, sécurisée par un important dispositif policier.

Les deux mis en examen ont été longuement applaudis à leur arrivée sous escorte.

De nombreux journalistes, certains étrangers, étaient présents, et des tensions ont éclaté avant l'audience face au refus de certaines personnes dans l'assistance d'être filmées.

Déjà peu loquace en garde à vue, le trentenaire a déclaré mardi n'avoir "rien à dire", se bornant à solliciter sa remise en liberté avec un léger accent ibérique.

"Il est tout sauf bête, il sait bien qu'il va devoir s'exprimer, il veut se défendre", a assuré Me Guillaume Laverdure, son autre avocat.

"Concours de circonstances"

Rejetant le terme de "bouc émissaire", la procureure a requis son maintien en détention. "Il se débarrasse aussitôt de son téléphone" quand les policiers s'approchent, a-t-elle souligné. "Un renouvellement des faits est à craindre."

Ironisant sur la portée des violences – "dans ce dossier, la victime, ce sont des murs" –, Me Laverdure a dénoncé une procédure "absorbée par la sphère politique".

Le maire LR de Limoges Guillaume Guérin fait un discours durant un rassemblement dans sa ville au lendemain de l'incendie volontaire de l'hôtel de ville, le 18 octobre 2026 ( AFP / PASCAL LACHENAUD )

Le maire LR de Limoges Guillaume Guérin fait un discours durant un rassemblement dans sa ville au lendemain de l'incendie volontaire de l'hôtel de ville, le 18 octobre 2026 ( AFP / PASCAL LACHENAUD )

"Il y a eu des pressions politiques exercées par le maire, Guillaume Guérin", a renchéri Me Raphaël Kempf, avocat du suspect de 66 ans.

Selon le sexagénaire, sa mise en examen découle d'un "affreux concours de circonstances" car il a appelé le premier suspect juste avant l'incendie. La vidéosurveillance d'une enseigne de restauration rapide le montre, peu après, en train de commander une boisson.

"Son père avait des problèmes mécaniques avec sa batterie de voiture, je l'ai aidé et je ne lui ai pas laissé mes pinces quand son père est reparti", a-t-il expliqué. "Comme il n'a pas de téléphone, j'ai appelé son fils."

Les deux suspects ont quitté la salle d'audience sous les applaudissements, des sympathisants brandissant un poing levé.

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